mardi 16 octobre 2012

La TwittÉrature est-elle une littérature ?

Ce texte a été diffusé sur le site de l'ITC (Institut de Twittérature Comparée) 
à l'occasion du Premier Festival International de Twittérature. 
2012 http://www.twittexte.com/ScriptorAdmin/scripto.asp?resultat=305173#57030


Merci à Jean Yves Fréchette 
https://twitter.com/JYFrechette


Un jour, fut inventée la Twittérature. Elle fut liée à la francophonie et on chapeauta son e d’un accent aigu. On voulait ainsi se distinguer de l’anglais Twitterature sans accent bien sûr. Tout cela montrait bien que le Québec avait œuvré. 
En cette invention, l'humour et le second degré étaient de règle. On se prenait fort au sérieux sans y croire un instant. On jouait comme font les enfants, c’est à dire très sérieusement.
On feignait d'encadrer l'affaire rigoureusement. On édictait des règles que les mêmes enfreignaient immédiatement.
Se bâtissait cependant, subrepticement, constamment, progressivement, obstinément, délibérément, un corpus, corps de texte, corps constitué, paquet d’écrits en Lettres de Lumière. Écrits donnés à lire à l'instant même.

Bref, se constituait une pratique d’écriture. On cherchait des formes et des formules magiques, on s'associait à des courants littéraires existants, ou préexistants, on redonnait vie à des mouvements qu'on avait cru décadents ou tout à fait mineurs. On réhabilitait le fragment et les formes brèves, on luttait contre, le fragment et le fait d’y cantonner la Twittérature, on inventait  des manières d’agencer les morceaux d’écriture (ou tweets) pour qu’œuvre se fasse.

On allait presque au hasard. Et chaque pensée émit un coup de dés.
On habita la Toile. On se fit, comme tout un chacun aujourd’hui, international, supranational, universel, mondial, global, en un mot comme en cinq, habitant de la planète Terre.
C’est alors qu’une question devint centrale et occupa les écrivains, qui se disaient - emportés par les élans de la langue - twittérateurs, (avec cet accent aigu sur le e).
On comprit qu'il s'avérait tout à coup impossible de définir une pratique littéraire en se référant à la langue utilisée par la majorité de ses écrivains. Et pour certains de plus en plus nombreux, le twittérateur,  devait pouvoir écrire dans la langue qui lui chanterait. 
En français, bien sûr mais aussi en allemand, en espagnol, en japonais, en anglais, en arabe, en italien, en ouolof, en bambara, en hébreu, en chinois ou en russe, en grec ancien ou moderne, en latin et même en occitan. Ou pourquoi pas en sarde ou en normand, en gallican, ou en basque....


Bref, on finit, après des débats interminables, par convenir que la langue utilisée par le twittérateur importerait peu pourvu qu'il consentit à écrire les mots Twittérature et twittérateurs  avec ce sacré fichu accent aigu sur le e, qui était la signature de ses inventeurs, qui était son logo en quelque sorte, comme la pomme croquée l’était pour Apple, ou comme le drapeau l’était pour une nation, comme le chapeau pour l'habit de gala, comme le bleu de chauffe pour l’ouvrier, comme le maillot de bain pour le nageur. Cette petite virgule en l'air, ce genre de petite apostrophe, qui modifiait le e, on avait cru (il est vrai) la voir tomber en désuétude à l’ère du numérique et des adresses mail qui supprimaient tous trémas et accents qu’ils soient circonflexes, graves ou aigus. Bref ce petit signe qui semblait vouloir se perdre, on y tenait et on allait s'en enorgueillir.
Il fallut se rendre à l’évidence : la Twittérature et les twittérateurs entraient par la grande porte dans le monde du paradoxe.

On continua cependant d'écrire, d'inventer des formes, de créer des rassemblements divers, on fit des groupes et presque aussitôt des scissions, on établit ensuite des complicités et des rivalités entre les groupuscules nouvellement constitués. La vie ordinaire en quelque sorte.
On réhabilita le fragment et les formes brèves, on lutta contre le fait d’y cantonner la Twittérature, on inventa  des manières d’agencer les morceaux d’écriture (ou tweets) pour qu’œuvre se fasse.
La nano littérature s’opposa très vite aux partisans des romans fleuve au vrai sens du terme, romans qui ne pouvaient que s’écouler sans fin en ce fil tendu sur la Toile.  On critiqua la Twittérature qui ne serait pas soucieuse de lutter contre le sexisme inhérent à la langue, on créa des groupes à volonté égalitariste. On déclara interdites des expressions humiliantes pour l’une ou l’autre des minorités opprimées, les oppresseurs se cramponnèrent à leurs certitudes comme à l’accoutumée et accusèrent les autres d’être des censeurs (les censeurs réclamèrent d’être appelées censeures lorsque c’était leur genre). On se disputa sur les définitions de prose ou poésie ranimant les vieux débats du mitan du 19ème siècle qui avaient exploré et déjà résolu le problème. Ce qu’on avait totalement oublié. On mit Perec et l'Oulipo à toutes les sauces opposant contraintes dures et contraintes molles, les molles étant bien sûr plus molles que les dures qui seules valaient. On tenta surtout d'imposer l'universalité du comptage 140 pile poil, souhaitant exclure tout autre nombre de caractères du corpus twittéraire. Par esprit de contradiction,  quelqu’un se mit a colliger les tweets à nombre de caractères constants entre 1 et 139 créant ainsi d'étranges et arbitraires cadavres exquis qu’il finit par organiser en poésies strictement carrées. On lutta contre la dispersion inhérente à la Twittérature, dans ce moment où elle était encore à l’état naissant - comme on dirait pour un corps chimique fait d’atomes et non encore constitué en molécules – on lutta en spécialisant un compte, en faisant correspondre absolument le compte et l'œuvre en gestation ou  en rassemblant  secondairement les écrits dans des blogues ou même en des livres de papier...

La boucle étant bouclée, on s'aperçut qu'on se compliquait la vie terriblement.

Mais,
on continuait derechef. 

Certains cependant  revinrent au crayon et abandonnèrent les Lettres de Lumière. Mais ils furent peu nombreux ou tout au moins, on le crut, car ils s’éclipsèrent discrètement de la Toile qui continua, de fait et d’évidence, à réunir les Twittérateurs qui, par définition, y étaient restés. 

On avait oublié l’essentiel, ceux que les déserteurs amoureux du crayon-papier rappelaient aux autres cruellement :
la Twittérature ne pouvait se passer de Twitter qui était son principal outil comme autrefois l'avaient été, pour les Littérateurs, la tablette d’argile et le calame, le parchemin et la plume d’oie, le Bic et le cahier, la machine à écrire et la feuille A4 et comme l’était encore aujourd’hui le clavier des ordinateurs, les fichiers et les imprimantes.

Car enfin, pouvait-on être Twittérateurs si on écrivait dans un cahier ou sur une feuille volante ou simplement mentalement, des messages de 140 signes pile poil ? Cette question taraudait.


Toujours est-il, qu’on constatait que, certains faisaient de Twitter leur brouillon ou tout au moins leur premier jet, et que d'autres tournaient sept fois leur tweet dans leur tête avant de le rédiger en Lettres de Lumière pour l'expédier par câble, wifi et serveurs sur la Toile.

Au bout du compte, on avait sérieusement compliqué l’acte d’écrire.

Il fallait bien s’avouer que, entre l’écrit et les Twittérateurs, était une machine immense et infernale qui se révélait à la fois l’outil et le support de la jeune Twittérature. 

Et cet outil était Twitter.

Derrière Twitter était l’immense arrière-plan de la Toile et tous ses réseaux qui nécessitaient pour se constituer une énergie folle et couteuse, énergie dont certains dirent que nous allions bientôt manquer.

Les ennemis de la jeune Twittérature furent prompts à parler d’aliénation, de dépendance, les plus modernes ont dit « addiction », le grand mot à la mode, dont on sait qu’il a remplacé la merveilleuse « passion ».

Au milieu de cette cacophonie, une voix s’éleva, timide et résolue, qui dit : Peut-on vraiment définir une pratique littéraire à partir de son seul support ? 
Malgré les protestations de façade, le doute s’immisça dans les esprits que la question atteignit de plein fouet.

On étudia l’étymologie du mot Livre. Liber dont il était issu, désignait cette pellicule entre le bois et l’écorce sur laquelle il était possible d’écrire. On s'émerveilla. Il s'agissait de la partie la plus vivante de l'arbre. Mais, on admit que le mot Livre n’était assonant avec Littérature que fortuitement.

Jamais, il fallait bien en convenir, il n'avait été question de livrerature, ni même de livrérature. L’accent, sa présence ou son absence, ne faisait rien à l’affaire. L’accent était, il fallait se rendre à l’évidence, un problème mineur, annexe, accessoire, l’accent sur le e n’avait, là, aucune espèce d’importance.
Et le support du Livre - avec ses feuillets, ses pages, sa reliure, ses marges, son volume, son encre même -  restait le contenant de ce contenu sacré qu’on appelle encore Littérature.
Le codex, la tablette d’argile, le papyrus, le parchemin, le rouleau, la pierre, n’avaient pas vraiment généré d’écrits nommés en référence à ces supports.

Il fallait peut-être consulter les archéologues et leur demander d’étudier à fond la question. Car, si la Twittérature avait eu de ce point de vue des précurseurs, il serait possible d’en éclairer la théorie et partant, la pratique, en se référant enfin à des ancêtres qu’on apprendrait à respecter.

Mais pour le moment, la seule vérité, c’est qu’on disait Littérature et que la racine du mot, son soubassement, sa seule fondation, était Lettre. Littéral. Littéralement Lettre. Et rien d’autre.

Lettre avec ses mystères, ses formes auxquelles on accole des sons qui se mariant entre eux forment le mot puis la phrase, puis le texte, de la Littérature justement.

Bien évidemment, tout assemblage de lettres formant un texte n’est pas Littérature, il y faut plus - plume solitaire éperdue ou aigrette de vertige - il y faut l’être de la Littérature.

Mais c’est une autre histoire, et la seule question peut-être.

La voix timide et résolue ajouta soudain : Twittérature qui se rapprocherait par le sens de livrérature, renvoie par le son à Littérature.

La Twittérature serait-elle Littérature par simple assonance avec elle ?

Chacun sait bien qu’il n’en est rien.
Et qu’il y a loin du tweet à l’œuvre.

Ainsi, la seule question que nous aurions à nous poser est la suivante : l’assonance étant identifiée comme insuffisante à faire de la Twittérature une Littérature, que faudrait-il donc pour que cet espoir, ce vœu contenu en le néologisme se réalisât ?

Car la Twittérature étant composée d’éléments (ou tweets) eux mêmes composés de Lettres ne pourra se hisser vers la Littérature que si les Twittérateurs s’y attèlent.
Qui, ici, en ce premier Festival International de Twittérature, pourrait dire le contraire ?

C’est notre travail et notre labeur, notre plaisir et notre joie, notre recherche et notre quête.


Lirina Bloom
le 16 octobre 2012 pour le Festival International de Twittérature. 



Par la suite : 

mentionné par Monique Le Pailleur
in Ferments de récits et béquilles textuelles.
http://eclectico.effetdesurprise.qc.ca/?p=3404

mercredi 10 octobre 2012

AIMER









Aimer à en perdre la raison.

Aimer son prochain comme soi-même.
Aimer se balader en ville.
Aimer sa mère.
Aimer ses enfants.
Aimer son père, sa mère, son frère, etcétéra.
Aimer par dessus tout.
Aimer la vie.
Aimer sans retenue.
Aimer sans désirer.
Aimer de tout son cœur.
Aimer sans retour.

Aimer chanter.

Aimer bricoler.
Aimer musarder.
Aimer prendre son petit déjeuner au lit.

Aimer passionnément.
Aimer chaque jour qui se lève.

Aimer la viande, le poisson, les légumes, les fruits, le fromage, les soupes, les desserts, les laitages, les ortolans, le caviar, etcétéra.
Aimer se lever tôt et se coucher tard ou l'inverse.

Aimer Garcia Marquez, Borgès, Feraoun, Camus, Proust, Homère, Perutz, Rabelais, Villon, Perec, Berberova, Flaubert, Racine, etcétéra.
Aimer faire des blagues.
Aimer l'un plutôt que l'autre.
Aimer les grands espaces.
Aimer l'eau.
Aimer le vin.

Aimer l'eau veut dire : aimer nager ou se baigner ; aimer le vin veut dire : aimer le boire au risque de s'y noyer ou d'y noyer son chagrin.
Aimer l'amour veut dire, aimer le faire et pas forcément aimer d'amour.
Aimer les femmes ne veut pas forcément dire aimer sa femme.
Aimer la vie veut vraiment dire aimer sa vie. 

Aimer les hommes veut plutôt dire, aimer l'humanité, tandis qu'aimer les femmes veut dire, en faire voir alternativement à l'une ou l'autre.
Aimer son pays ne signifie pas forcément aimer sa patrie.
Aimer la peinture ne veut pas dire aimer peindre, mais plutôt aimer regarder ce qu'un autre a peint.

Aimer l'école.
Aimer les voyages.
Aimer écrire n'est pas aimer calligraphier et pourtant si, aussi.
Aimer marcher se dit des randonneurs.

Aimer de tout son coeur évoque inévitablement un amour d'enfant.

etcétéra...




A suivre …

LB

mardi 9 octobre 2012

Les Parenthèses


4:19pm
Entre les parenthèses, on trouve, ce qui par définition, sans elles, serait tu.

4:23pm
De fait, les parenthèses provoquent, permettent, favorisent la dispersion. Plus, elles l'intériorisent.

10:54pm
La parenthèse permet la dilution, l'incise tranche le fil, et s'insinue entre les mots, cisèle la phrase, y fait des trous colorés, respire.

11:14am
La parenthèse qui s'ouvre attend son reflet dans le miroir qui la ferme. La fermer, c'est dit vulgairement, se taire enfin, la boucler donc.

11:16am
La parenthèse est de fait comme une boucle, une accroche, un signe qui met dans l'attente de ce qui sera entre, l'accroche cœur du dire, qui

11:22am
sans elle (la parenthèse) (celle qui s'ouvre d'abord, comme une boucle, première et attend la deuxième qui la fermera) serait resté secret.

11:36am
La parenthèse digresse, approfondit, précise, brode, tourne autour, entoure, faisant du dedans un dehors, un hors jeu, hors sujet. La parent

11:40am
hèse limite un espace en creux ou en bosse, un relief du texte, joyau ou puits de vérité. Elle doit se distinguer du simple tiret, s'en sép

11:43am
arer, éviter de s'y confondre. Sur le fil twittéraire (qui se veut littéraire), chaque élément devient, pour l'autre, (suivant ou précédent)

11:46am
objet mis entre parenthèses. Parenthèses virtuelles, supposées, suggérées, imaginées, ajoutées, qui permettent de lire à sa guise, parenthès

11:50am
es créées par l'oeil attentif du lecteur (qu'entre parenthèses vous êtes et sur qui je compte pour les ajouter (comme moi) au fil à lire, po

11:54am

ur en faire un ensemble cohérent, pour y donner la cohérence de votre lecture, de chacune de vos lectures singulière et unique). Point à l

11:54am a ligne. (Auparavant, fermer la parenthèse).




LB


PS : noter les parenthèses de temps occupé à autre chose certainement.


Boule de neige





À
Tu
Toi
Tout
Aimer
Défaut
Compris
Éveillée
Endormi
Encore
Aimer
Idem
Sic
Mi
O



LB

PS: Pour Twittlipo, d'après la contrainte de la boule de neige, car vous remarquerez :
L'amour fait toujours boule de neige.

jeudi 4 octobre 2012

Vases Communicants. Octobre 2012.


Vases en verre, volant ce vendredi.

où il est question de vases et de communication.

Mise en abyme


Un dialogue en tête à tête, 
une tentative pour les vases communicants d'Octobre 2012,
entre Danielle Masson et Lirina Bloom.








Lirina Bloom (LB)
D'abord, choisir un vase .

En vérité, vouloir vraiment avoir un vase en verre.

Danielle Masson (DM)
Le vase serait en cristal de Baccarat. Passer le doigt et écouter son chant. Les notes entendues vous conviennent-elles ?

LB
Je voudrais un vase vivant et vierge.
Un vase, avide de votre verbe.
Vous viendriez visiter les avenues et les venelles vides.
Vous y verriez mes vies sans vanité.

DM
Un vase vivant, me dites-vous? Et vierge en plus ! Il devra donc respirer, voir, entendre. Il ne devra pas avoir encore servi. Il devra être gigantesque pour contenir vos nombreux mots.

LB
Je vais revoir en vitesse mes velléités. Savez-vous que je décrivais le vase où vous seriez invitée à transvaser vos vers et vos rêveries ?

DM
N'employer pas de mots savants. Vos velléités? La fin justifie les moyens. Le vase n’est donc pas commun. Chacune le nôtre. Je rêve d’un vase en opaline verte au grand col festonné.

LB
Verte ! Verte me convient évidemment. Verbe savant ou non, dorénavant, je me veux votre dévouée. J'évite les vagabondages et vole vers vous.

DM
Volez donc. Attention, prudence. Ne le cassez pas. J’y tiens énormément. Il a appartenu à une très lointaine ancêtre qui a entretenu une correspondance secrète avec Vagabond, son tendre ami trop lointain.

LB
Voilà qui est ravissant, mais il va être inévitable que les vases évoluent vertement : vendredi, les ouvertures devront être mises à niveau.

DM
Tant que le langage de nos vases communicants restera châtié, les ouvertures trouveront un terrain d’entente. Vert n’est-il pas la couleur de l’espoir ? Donc… mettons-nous d’abord sur la même longueur d’onde…

LB
Vérifions les vases et leurs ouvertures, leur verdeur et notre vouloir, je viens vers vous et vous venez vers mes villages, vers mes hivers.

DM
Notre vouloir dites-vous ? J’aimerais beaucoup découvrir vos printemps qui doivent être enchanteurs. Votre village ? Oui où est-il ? Me laisserez-vous conter le mien qui a grandi trop vite en Provence.

LB
Je vis dans des villages virtuels et traverse des hivers où volent les éperviers. Ainsi va la vie. Mais vous me ravirez avec votre Provence.

DM
Villages virtuels ? et vous ? virtuelle aussi ? je ne peux y croire… vous n’êtes pas une machine. Rassurez-moi ! Impossible… Vous connaissez l’épervier mais ce n’est pas pour chasser ?

LB
Si vous voyez voler un vertueux volatile pourvu du vocable v, vendez le moi bien vite et j'éviterai dorénavant le vil épervier éventreur.

DM
Je vous proposerais de choisir parmi le vautour royal, le verdier, la veuve de paradis, le viréo de Philadelphie ou de Cuba ou de la Jamaïque ou du Yucatan ou des mangroves…

LB
Les volatiles de rêve, volailles sacrées, voyageurs, vont et viennent, se lovent dans les vases puis invitent au dévoilement et au dévergondage. Et merveille! Les voilà qui volent de vase en vase.

DM
De vase en vase, le viréo des mangroves valse. Vacancier va-nu-pieds voulant virevolter et vadrouiller il vague vers un vase vert. Mais victime de vertige il vogue vers le vide et vampirise…

LB
Alors, il bavasse, extravase et envase, transvase et dévaste, vassalise, crevasse et vaseline. Il vasectomise. Puis, il va, invasif et rêvassant, vasouillant et vaseux, évasif écrivassier, qui, vers la vastitude, rêve d'évasion.

DM
Évasion d’un vase vert en vastitude… Il vacille. Veut-il y partir en vacances ce va-nu-pieds violent ?… Vaquera-t-il vantard vaillant, vagabond au vague à l’âme en vieux véhicule ou à vélo ? Va-t-en-guerre végétarien ? 

LB
Cassera-t-il le vase de soisson ? Conquerra-t-il la toison ? Passera-t-il un diplôme de communication ? Combattra-t-il les dragons ? Castagnera-t-il les démons ? Installera-t-il un tube en son fond ? Engagera-t-il des conjonctions ? Brodera-t-il des folles coordinations ?

DM
Caftage si du col du vase réponse est donnée à ces questions.
Très cabotin ce viréo et combien coquin.
Cache-col cramoisi en cache-nez, pardon en cache-bec et non en cache-sexe.
Il cafarde

LB
L'oiseau, (là-bas, on l'appelait le viréo des mangroves, ici, on le surnommait le vire vire des mots), avait prélevé quelques lettres ici, pour les emmener là. Le sens lui échappait sans cesse.

DM
Il ne se souvenait plus de l’alphabet et saupoudrait les lettres sans cesse dans le vase en opaline verte. Une obsession pour lui : mettre les lettres dans l’ordre. Il souffrait, soufflait, suait.

LB
L'oiseau dit alors, il ne suffit pas d'être réceptif et ouvert, ni même d'être réceptacle, il faut de plus communiquer, puis savoir comment.

DM
Moi, le vase, je vous approuve l’oiseau.

Communiquons. Envoyez-moi une plume sur laquelle un message vous aurez écrit.
Cela vous convient-il ?

Je vous envoie le mien de ce pas :

« Bonjour mon ami.
De quel peintre, musicien, auteur, cinéaste voulez-vous que nous nous entretenions ?

Mais peut-être avez-vous un secret à me dire ?

Moi, je peux vous parler inlassablement de mes voix, si cela vous sied.
En effet, moi le vase, j’ai plusieurs voix.
Je vous surprends.
Avouez-le !
Oui, j’ai une voix muette, une voix de représentation, une voix mutine parfois…
Je viens tout juste d’en terminer l’inventaire, j’en ai 32. »


LB
Alors, on communiqua. Quasi dans le coma, on compta, on combina, on commua, on compara, on compila et enfin on communia. Ensuite, on compensa, on comprima, et complices, on commerça. Pour poursuivre, on recompta et on accommoda, on ne sait à quelle sauce. On compulsa, on décompta, on fit des compromis. Glaucomes, sarcomes, leucomes et sitcom nous incommodèrent. On se décomposa et on succomba. Plus exactement, on crut succomber, mais on ne succomba pas tout à fait.
On tenta le tout pour le tout.
On reconvoqua des croquemitaines toxicomaniaques, des caméléons mélancoliques, des moyens mnémotechniques, on se fit antimaçonniques, antimonarchiques, clinorhombiques. Laconiquement, on chroniqua, entrechoquant acrobatiquement nos méninges. Pour finir, les vases s'acoquinèrent synchroniquement. Ouf.

Le texte se révéla peu œcuménique, compliqué à souhait, absolument pas canonique et pour tout dire, carrément macaronique.

Mais nous étions catégoriques, des phénomènes pharmacodynamiques, photomécaniques, monochromatiques, panchromatiques, électromagnétiques, et même chronologiques, monocinétiques ou cinématographiques avaient concouru et contribué à la communication occulte des vases, il faut bien le dire, plus que l'oiseau.

Le texte macaronique était de surcroît très peu écologique.





Danielle Masson. Lirina Bloom. Le 5 octobre 2012.


Merci à Brigitte Célérier.



Notes ; les contraintes utilisées sont les suivantes :
32 mots par paragraphe contrainte chère à Danielle Masson 
et à son 32 octobre.
140 signes comme dans les tweets 140 pile poil.
Mots contenant V
Mots contenant Vase
Mots contenant les lettres de  Communiquer



Mise en page de Danielle Masson ici

Site des Vases Communicants là et là










dimanche 30 septembre 2012

LE POINT FINAL


12:44pm
Lutter en vain contre la dispersion et s'y vautrer ensuite. Copeaux épars des lettres et des mots. Sciures du temps qui passe. Et déchanter.

12:46pm
Revenir péniblement à ses moutons, avoir enfin de la suite dans les idées. Ne plus fuir la logique amère et les chronologies. Car enfin, c'e

12:47pm
st là la différence entre l'image et l'écrit. Cette lecture qui parcourt les lignes obligatoires. Première contrainte. Qu'elle soit, suivant

12:49pm
les langues, horizontale ou verticale, peu importe. Alors que l'oeil, sur l'image, vagabonde à son gré. Les peintres le savent, qui tentent

12:51pm
de guider l'oeil, par des astuces et ruses de lignes cachées, dites de composition, comme on dit d'une musique, comme on disait à l'école, p



12:52pm
our ces devoirs de français où on vous demandait innocemment de raconter vos dernières vacances. Comme si les vacances étaient toujours clai

12:54pm
res, limpides et sans désastres privés. Arrivée là, perdue, il faut que je relise le tout début, sachant simplement qu'il était question de

12:56pm
ce qui, ici, se met en acte : la tendance inexorable de mon être de langage - si c'était seulement de langage - à la dispersion. Suivre un p

12:58pm
lan, cette douleur. Prévoir le plan, organiser les séquences de sa vie et se soumettre à cette loi qu'on s'est donné soi-même. Comme si la l

1:00pm
oi qu'on se donnait, suscitait plus d'obéissance que des lois imposées par d'autres. Bâtir le plan de son œuvre. Et pourquoi ? Se soumettre.



1:02pm
On reproche en général, les errements et l'errance. On veut des territoires et des frontières jusque pour l'écriture. On borne et on limite.

1:03pm
On encadre, on quadrille comme on fait des cahiers où même si les lignes ne sont plus, la pensée installe leurs images mentales sur les feui

1:05pm
lles vierges encore. Le point est-il la borne ultime ?



1:14pm
Ensuite, on se pose la question suivante, le point de la fin est-il - de cet écrit - le point final. Que se passe-t-il en réalité après lui.



1:16pm
Une fois le livre fermé - lorsque livre il y avait - le livre est-il vraiment fini, ou bien se permet-il de se continuer dans l'esprit du le

1:18pm
cteur. On invente alors pour des élèves, ces cobayes de

tout temps des exercices : inventez donc une suite après ce point apparemment final,


1:19pm
et qui, pour le coup, ne le serait plus. Faites du point final de l'auteur, un point de suspension, un point virgule ou même une simple virg

1:21pm
ule. Et poursuivez, comme si le point final n'achevait rien. Niez que ce point marque une fin. Avouez que le point n'est pas une fin en soi.

1:24pm
Il est possible d'en contester la validité ou même le sens. On sait, depuis Saussure, l'arbitraire du signe. Le point, et le point final mal

1:26pm
gré l'évidence du sens qui s'y attache - celui de mettre fin justement - n'échappe pas à cette règle élémentaire de la linguistique moderne.

1:27pm
Le point est aussi arbitraire que tout autre signe de la langue. Le point est une invention relativement récente ainsi que cette espace qui

1:29pm
s'est imposée pour séparer astucieusement chaque mot de son précédent et de son prochain, séparant ainsi le parler ( qui a tendance à tout l

1:30pm
ier ) de l'écrit qui fait exactement le contraire. Avouez que, comme moi, vous avez encore égaré vos moutons. Il est donc temps de faire une



1:32pm
pause. Temps de s'interrompre et de reprendre dérechef, du début, de revenir sur ses pas, pour suivre le fil d'une pensée qu'on a peut- être

1:34pm
mais, est-ce si sûr, égarée. Rappelez moi, de quoi je vous parlais. Soyez aimable. Votre attention m'importe et m'aide à faire des liens qui

1:36pm
sans vous ne seraient plus depuis longtemps. Car, de fait, c'est peut-être - oui je doute- l'autre imaginaire ou réel, imaginaire et réel,

1:38pm
qui fait, dans le langage, la cohérence, la presque cohésion, de chacun. Jargonner seul est le risque. Se comprendre et ça suffit, la vraie

1:40pm
limite. En finir n'importe où, n'importe quand, n'importe comment. Mais que veut dire l'éternel inachevé... Sinon une multiplication de poin

1:43pm
ts finaux pas si malins que ça. Car, on le sait, la mort réduit, de fait, les points de suspension à leur plus simple expression, résolvant

1:45pm
ainsi, l'équation fatale et interrompant toute dispersion de langage pour commencer la dispersion des corps, dont elle est presque synonyme.

1:46pm
Titre ( le titre vient toujours à la fin ) Le point comme métaphore.



1:47pm
Le point final comme métaphore.


LB

PS  Ce texte a été écrit sur Twitter, entre 12h44 et 1h47, titre et rectification du titre compris. Chaque séquence comporte donc 140 caractères pile poil, les espaces en fin de mot comptant pour un, même s'ils sont en fin de séquence.Il s'agit, bien sûr, d'une mise en abime d'une réflexion sur Point, point final et Twittérature. Car qui nous oblige à terminer chaque séquence twittée par un point ? L'interruption de la séquence par des messages d'autres participants au fil ne devrait pas plus gêner que le journal télévisé ni les choses de la vie ne gênent au suivi d'un feuilleton. Nous devons donc supposer un lecteur ayant de la suite dans les idées. Seul le point situé en fin de séquence l'empêche de poursuivre l'idée portée par le texte. Car tout point en fin de séquence twittée, se transforme à notre insu et irrémédiablement en point final du tweet. Aussi, pour autoriser une lecture du fil de la pensée, il faut faire savoir au lecteur qu'il doit aller au delà de la fin de la séquence, comme en un (à suivre...). Voyez que nous n'inventons jamais rien. Nous adaptons. Il suffit, en conséquence, d'éviter ces points finaux systématiques et de couper les mots où il semble bon à la séquence twittée, c'est à dire au hasard (ou presque) du sacro-saint compte 140.

Chacun mesurera les avantages de cette méthode pour éviter le schisme qui se profile entre partisans d'une contrainte 140 pure et dure et ceux qui préfèrent se vautrer dans un peu plus de mollesse.

mardi 18 septembre 2012

LES DIRES. Série Numéro 1.


Dire que le monde est devenu si petit.
Dire que je suis seule.
Dire que le soleil brille.
Dire que la vie est courte.
Dire qu'il y a des trous noirs dans l'univers.

Dire que la mémoire flanche.
Dire que c'est ton anniversaire.
Dire que la poésie ne rime à rien.
Dire que tu es parti.
Dire que tu ne chanteras plus.


Dire à maman qu'elle revienne.
Dire que la terre court à sa perte.
Dire que je vis encore.
Dire que Paul Mac Cartney a soixante dix ans, plus la légion d'honneur.
Dire qu'un homme a marché sur la lune et puis, rien.

Dire que les objets sont autorisés à voyager bien plus que les hommes.
Dire que certains d'entre vous me reçoivent cinq sur cinq.
Dire que l'été vient de nous faire une fausse sortie.
Dire qu'il y a déjà tant de livres à lire.
Dire que l'amour nous aveugle.


Dire que l'amour illumine.
Dire qu'il vaudrait mieux se taire.
Dire qu'en lieu et place de petit vélo à guidon chromé, j'ai, au fond de mon couloir, un mini vélo noir pliant, guidon d'abord.
Dire qu'une nouvelle vie commence.
Dire qu'au train où vont les choses.


Dire qu'elle m'en veut à mort et que l'expression n'est pas outrepassée.
Dire que la pollution est longtemps invisible.
Dire que la vie est dans l'ensemble assez belle.
Dire qu'il vaudrait mieux tourner sept fois la langue dans sa bouche.
Dire qu'à la fois, la vie ne tient qu'à un fil et qu'elle est chevillée au corps.


Dire que les distances sont abolies et que le temps passé à tenter de franchir les frontières s'y substitue.
Dire que c'est la rentrée.
Dire que l'aube se lève et que le crépuscule point.
Dire que la parole est le mystère qui contient d'autres mystères.
Dire que la parole est un cadeau empoisonné, mais de qui ?

Dire qu'il faut savoir ce que parler veut dire.
Dire que dormir est ce moment où l'on échappe à soi-même.
Dire que l'écriture nous sauve du timbre de nos voix.
Dire que l'écriture met ma parole dans tes yeux.
Dire n'importe quoi.


Dire que naître soi est véritablement le seul miracle.
Dire que mon cœur bat.
Dire peines et joies.
Dire que l'infini est sans limite.
Dire que tu te tais.


Dire que malgré tout, je t'aime encore.
Dire que pourtant de l'eau a coulé sous les ponts.
Dire qu'après l'or, c'est l'argent qui nous gouverne.
Dire qu'elle aurait pu mourir.
Dire que la différence des sexes est, peut-être, le seul véritable mystère.


Dire peut-être.
Dire toujours ou jamais.
Dire encore.
Dire enfin tout ce qu'on a à dire.
Dire l'essentiel.


Dire le pire sans attendre le meilleur.
Dire que la contrainte décale un peu la langue.
Dire que la contrainte fait décoller la langue.
Dire que la contrainte nous exile de la langue journalière.
Dire que la contrainte nous permet de chercher d'autres dires.

Dire que j'ai tout perdu.
Dire que l'injustice gouverne le monde.
Dire que les passions nous égarent. Il faut dire qu'elles nous guident.
Dire que j'en rêvais.
Dire que les passions nous guident dans nos égarements.

Dire qu'un fou chasse l'autre.

LB